L’Opticien de Lampedusa, Emma-Jane Kirby

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L’Opticien de Lampedusa, Emma-Jane Kirby,

Les Equateurs, 2016


Comment auriez-vous réagi face à des centaines de mains noyées implorant votre secours, recherchant désespérément une prise, un ancrage dans la mer profonde ? L’opticien de Lampedusa est cet homme, qui par un doux soir d’été, est parti en mer sur son bateau avec sa femme et ses six amis. Bercés par le chant des mouettes, ils sont soudains pris dans l’horreur, en plein milieu d’un naufrage d’un zodiaq de migrants. Huit pour secourir des centaines d’Érythréens à moitié suffoquants, parfois même déjà morts.

Le bateau de l’opticien s’appelle le Galata. Galata comme le quartier génois d’Istanbul, ville dans la ville, bastion chrétien dans la grande mosaïque de Constantinople. Lampedusa est un îlot plus proche de la Tunisie que de l’Italie, bastion italien dans le grand damage de la Méditerranée. Mais Istanbul c’est aussi le Bosphore, passage clé entre les continents et Galata joue dans cette oeuvre le passeur, le sauveur.

C’est une histoire dure et sombre… Non ce n’est pas une histoire, c’est une réalité concrète, une horreur  sensible, un drame aux résonances actuelles.

L’opticien de Lampedusa, un homme dans la fleur de l’âge des plus ordinaires qui mène une vie modeste et rêvée sur son île, ne sera jamais nommé, un anonymat qui fait acte d’universalité. Le lecteur se retrouve face aux difficultés propres de la narration.

Ce récit est aussi celui d’un opticien qui ne voulait pas voir, qui occultait la réalité de la crise des migrants, qui refusait une prise de conscience sur l’Homme. L’Opticien de Lampedusa est un roman d’humanité, d’actualité et d’horreur. Là où la communion entre les cultures et les peuples s’effectue dans la plus grande sincérité, une esthétique du désastre, macabre et terriblement efficace, dépeint admirablement le naufrage des migrants.

Inspiré d’une histoire vraie, témoignage d’un homme qui a vécu ces moments d’angoisse extrême recueilli par Emma-Jane Kirby, d’abord pour un reportage récompensé, puis pour ce livre, ce roman est absolument viscéral. Le style violent et remarquable, au service de l’exploration des sentiments humains les plus profonds, confère au texte toute sa dimension littéraire.

Ce fut une lecture tout-à-fait bouleversante et vraie. Les registres s’emmêlent, tragique et pathétique dominent, magistralement maitrisés, et la plume piquante et savoureuse vous interroge, vous sonde et vous confronte à des tableaux que nous refusons littéralement de voir.

Loin de la mer calme et paisible de l’été, vous apprendrez que la houle peut être meurtrière et sournoise.  Lisez ce roman puissant qui vous tire inextricablement de votre repos estival, de votre quotidien et de votre douillet fauteuil de lecture. Lisez une déferlante.

Sortie le 1er Septembre en librairies

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Un commentaire

  1. Effectivement ce roman a l’air très dur, je ne sais pas si j’aurai la force de lire une telle histoire (mon cerveau est encore en vacances) mais pourquoi pas dans quelques temps. Je me le note en tout cas.

    Aimé par 1 personne

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