Robert des noms propres, Amélie Nothomb

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Robert des noms propres, Amélie Nothomb

éditions Albin Michel, 172 pages, 2002


Amélie Nothomb est un monument et accessoirement mon auteure adorée. Ecrire une critique sur un de ses bijoux est acte de blasphème tant la critique est imparfaite. L’éloge serait le registre approprié mais la nécessité de la profession de blogger exige l’exercice de la chronique littéraire.

J’ai longuement hésité à frotter ma plume à celle qui a allumé en moi l’insatiable désir de littérature. Ecrire sur Amélie Nothomb, c’est affronter une mythologie, c’est ouvrir une boîte de Pandore, c’est déclarer son amour.

Hier soir, je lisais Robert des noms propres, dernière oeuvre qui manquait au palmarès complet nothombien. Comme tous les Nothomb, il s’agit de prévoir les deux heures qui suivent la lecture de la première page à dévorer le roman. C’est une règle tout-à-fait empirique qui se vérifie à chaque publication. C’est d’ailleurs ce qui est succulent dans Nothomb, deux heures de pur plaisir littéraire, enfermé dans un boudoir, seul face à la divine plume et aux personnages.

Robert des noms propres porte bien son titre ; une ribambelle de personnages prend place : Clémence, Michaël, Saladin, Fabien, Denis, Lucette, Amélie Nothomb elle-même (la tendance autobiographique ne la quittera jamais comme peut-être tout auteur digne de ce nom) et bien entendu Plectrude. Prénom tout droit sorti d’un dictionnaire antique recelant les tout aussi délicieux Eleuthère et Lutegarde.

Pour apprécier cette oeuvre, il faut en connaître la fin. Ce que suggère d’ailleurs habilement le sobre résumé en quatrième de couverture : la bien nommée Plectrude est l’assassin d’Amélie Nothomb et le roman est son histoire. Le meurtre n’est que fort sommairement narré en une phrase à la fin du récit. La tuerie est le prétexte de l’auteure pour dépeindre la vie de sa meurtrière, pour dépeindre dix-neuf années d’une jeune fille exceptionnelle, pour dépeindre un fantasme.

Ainsi peut-on suivre la vie de l’assassin à travers les pages de ce roman. Une vie peut-être enviée par l’auteure, une vie implicitement à l’image de la sienne ? Serait-on face à une biographie autobiographique ?Plectrude, née dans des conditions singulières et élevée par sa tante, est surdouée en danse et absolument inadaptée au système scolaire. Ainsi prend-elle le chemin de l’école des petits rats de l’Opéra de Paris. Au son de Tchaikovsky et des stichomythies d’Ionesco, le lecteur découvre la psychologie merveilleuse de cette enfant pas comme les autres.

Au delà de la narration des tranches de vie absolument originales, Amélie Nothomb propose une réflexion sur l’identité, sur l’éducation, l’adolescence, le monde de la danse et le génie tout en omettant point d’insérer quelques références bienvenues — du Misanthrope à la Cantatrice chauve.

« Mes romans ont toujours été policiers » précise Amélie dans une interview. Propos ici confirmé quoi que l’auteure s’amuse quelque peu avec les codes du policier voire du roman lui-même. Des personnages introduits longuement qui disparaissent dès les premières pages, un meurtre ultra-rapide en fin d’ouvrage et une superbe alchimie des dialogues et de la réflexion.

En définitive, Robert des noms propres est un Nothomb, cela devrait suffire à vous convaincre, non ?

« Dans la bibliothèque du grand-père, elle avait pris une encyclopédie du siècle précédent. On y trouvait des prénoms fantasmagoriques qui présageaient des destins hirsutes. Lunette les notait consciencieusement sur des bouts de papier qu’elle perdait parfois. Plus tard, quelqu’un découvrait, çà et là, un lambeau chiffonné sur lequel était inscrit « Eleuthère » ou « Lutegarde », et personne ne comprenait le sens de ces cadavres exquis. »

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Un commentaire

  1. « En définitive, Robert des noms propres est un Nothomb, cela devrait suffire à vous convaincre, non ? » On ne pourrait faire meilleur résumé ^^

    Amélie Nothomb ne me déçoit jamais. Ses livres sont des sucreries qu’on se dépêche de manger puis qu’on regrette d’avoir dévoré si rapidement. Mais c’est comme ça, on ne peut pas s’en empêcher, on tourne les pages, on lit, on lit, et on arrive à la fin. Même après ses nombreux romans publiés, elle sait nous surprendre.

    Faire une chronique de ses livres est un exercice difficile, mais tu as très bien relevé le défi 🙂

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