De l’art de lire un classique

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On a parfois besoin de revenir à la plume géniale et impeccable des auteurs du passé. C’est même une nécessité pour tout lecteur qui se respecte. Les oeuvres classiques sont en effet fondatrices de la littérature d’aujourd’hui. Tout comme la musique classique, la littérature classique arbore une indéniable dimension du Beau, en clair, elle est art et en ce sens traverse les âges. Shakespeare qui s’éteignait il y a 400 ans, demeure indémodable malgré l’ouvrage du temps. Ainsi tous les livres qui nous sont contemporains ne passeront pas à la postérité, d’ailleurs nombre d’auteurs, qui jadis connurent le succès, sont maintenant absolument oubliés dans les flots d’encre que déversent inlassablement les nouvelles parutions. Seule la vraie littérature, celle qui est art, est pérenne.

Vous avez dit classique ?

Classique ? Le terme sonne étrangement quand on lit Poe ; Les Histoires extraordinaires n’ont rien de « classique », même Le Songe d’une nuit d’été shakespearien est peu banal. Je crois que l’on enferme trop souvent le classique dans les confortables romans XIXe réalistes et romantiques. Ce sont les seuls stigmates qui restent du cours de français au lycée.

Le classique n’est pas une littérature ennuyeuse et poussiéreuse !

Lire un classique, c’est éveiller sa curiosité littéraire, s’aventurer au-delà de la Comédie humaine et des Rougon-Macquart, se risquer à fouiller dans les chefs-d’oeuvre inconnus.

Lire un classique, c’est revenir aux origines, aux racines qui ont créé les oeuvres d’aujourd’hui, qui ont inspiré et bercé les écrivains contemporains.

Lire un classique, c’est se perdre dans la bibliothèque, dans la librairie, laisser ses yeux voyager au gré des titres et des noms légendaires, laisser ses doigts arpenter les tranches des livres merveilleux, Baudelaire, Hugo, Rimbaud, Mallarmé, Chateaubriand, Montaigne, Poe, Bashō, Wilde…

Lire un classique, c’est retrouver le verbe manié avec élégance et justesse, se plonger des heures durant au coin du feu, un thé fumant à la main, un gâteau suave non loin.

Choisissez maintenant !

Si vous êtes en quête de fraicheur et d’originalité, pour choisir l’heureux élu de votre lecture, fiez-vous uniquement à votre instinct et ne laissez aucunement les influences pernicieuses d’Emma Bovary, du bon Papa Goriot ou de Julien Sorel vous détourner des classiques méconnus ! Dans les rayons des librairies, veillez à vous détourner des trois étagères remplies de Balzac et dirigez-vous vers les quelques reliques de la littérature japonaise de Sôseki à Abe. Ou si vous n’êtes pas nippon dans l’âme, privilégiez les steppes classiques de la Russie aux côtés de Dostoevsky et Tolstoi. En définitive peu importe le pays de vos explorations littéraires, cherchez la pépite méconnue, en France et anywhere out of the world. L’ouvrage classique est invitation au voyage.

En ce qui concerne les classiques, distinguons trois écoles pour le choix de l’objet livre (voyez en cette humble académie de ma composition, une simple appréciation personnelle de nos goûts de lecteurs).

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La première est celle des modernistes anthologiques se procurant les ouvrages édités en collection poche préfacés, commentés et annexés par différents documents. Ce sont donc des oeuvres relativement complètes et avisées suscitant un intérêt documentaire certain. Dessein très louable des maisons d’édition puisque rendant les trésors classiques accessibles à tous et à bas prix (pour les oeuvres les plus connues seulement). Le voyage littéraire dans le passé est plus aisé que jamais d’autant plus que les éditeurs s’attachent désormais à publier des textes plus méconnus pour notre plus grand bonheur de plumes inédites surannées.

Les amateurs de l’enluminure contemporaine forment la deuxième école et recherchent non seulement le plaisir de la lecture du classique mais aussi le plaisir de l’oeil. Ce dernier soulève la problématique éternelle du charme de la couverture.

La troisième est celle des bibliophiles exaltés en quête de l’écrin qui sublimera la lecture du classique. Cette école n’a d’ailleurs pas pour fin la lecture en elle-même mais bien l’extase et la jouissance littéraires que procure l’obtention d’une édition XIXe voire une édition originale empreinte de l’Histoire. Feuilletez les vélins, caressez les maroquins, suivez des doigts la reliure avec le titre gravé.

De quelle école vous revendiquez-vous ?


Pour conclure je vous propose de découvrir quatre classiques que chéris tendrement :

Les Histoires Vraies de Lucien (cet homme est le Dali littéraire de l’Antiquité)
Les Poésies de Mallarmé
Les Orientales de Victor Hugo
Le Génie du christianisme de Chateaubriand.

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12 Commentaires

  1. Moi je sus de toutes les écoles! Enfin en fonction de la dictée de mon porte-monnaie… Folio, Pocket et compagnie quand le budget et bas, enluminures modernes pour les débuts de mois et beaux cuirs pour les beaux jours financier. Mon petit trésor est une édition de 1880 et des brouettes du diable amoureux de Cazotte =D Trouvé sur le quai des bouquinistes à Lyon ^^

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  2. J’aime beaucoup les classiques… Évidemment, l’édition va dépendre du budget! Belle chronique Roi Carotte!

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  3. Le Roi carotte a encore frappé fort avec cette chronique… Je lis essentiellement des classiques… Je dirais que je suis toutes les écoles à la fois…

    Aimé par 2 people

  4. Je lis rarement des classiques (quoi que je m’y tourne de plus en plus) mais je suis globalement d’accord avec ton billet. Seul point qui me chiffonne : ce clivage que tu fais quant à la VRAIE littérature (ce qui suppose qu’il y ait, suivant cette dichotomie, une « fausse » littérature qui s’y oppose). C’est un débat qui alimente les couviges de lecteurs depuis la nuit des temps, mais personnellement, je ne pense pas qu’il existe de vraie ou de fausse littérature, mais simplement une échelle qualitative (laissée à l’appréciation de chacun) dans ce domaine. Et pour certains qui, comme moi, ont encore un peu de mal (ou de désintérêt) avec/pour la littérature classique, laisser entendre que seule cette littérature est « vraie » revient facilement à porter un jugement de valeur sur le reste de la production littéraire, jugement qui peut être très facilement mal interprété…

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    • Ton point de vue est intéressant en effet. Mais la littérature au sens propre est un art à part entière, et qui dit art dit universalité (je t’épargne l’Esthétique de Kant, ce serait bien trop long). En ce sens tous les livres qui sont publiés ne sont pas de l’art donc ne sont pas à priori de la « vraie » littérature. D’ailleurs je ne considère pas uniquement les classiques comme de la littérature, la plupart des romans contemporains le sont aussi ! En revanche c’est l’essor des « littératures » fantastiques, romance, young adult, etc… qui me chiffonne : en effet les jeunes et de plus en plus d’adultes ne lisent plus que ce genre de livres qui présentent un intérêt uniquement pour le récit (et encore). On perd ici tout l’aspect littéraire du texte à savoir le style, l’esthétique, la dimension universelle, la postérité, etc… Donc pour moi ce ne sont pas des textes « littéraires ». Tu admettras que les oeuvres de Victor Hugo sont tout de même bien plus profondes que After !

      L’idée d’une échelle qualitative subjective me plait bien en ce qui concerne ce type de textes. En effet à défaut de pouvoir les considérer comme de la littérature au sens propre, il serait intéressant de voir lesquels de ces textes présentent le plus d’intérêt non seulement pour le récit mais aussi pour l’aspect littéraire. Et je suis persuadé que de tels textes se cachent dans la masse de ces publications.

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  5. J’adore les classiques, j’en (re)lis un par mois. J’apprécie aussi une partie de la littérature contemporaine, celle qui est en marge de la littérature facile et commerciale qui, elle, ne me plait pas trop. Comme toi, je suis très sensible au style, à l’écriture, et l’on trouve aujourd’hui aussi de belles productions.

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  6. Claire

    De précieux renseignements ainsi que les quatre classiques à retenir (affaire à suivre, donc).

    Aimé par 1 personne

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