Comment papa est devenu danseuse étoile, Gavin’s Clemente-Ruiz

CommentPapaEstDevenuDanseuseEtoile_cv_V2.inddComment papa est devenu danseuse étoile,

Gavin’s Clemente-Ruiz, éditions Mazarine, 2016


Ce lundi, Gavin’s Clemente-Ruiz m’a contacté pour me proposer de découvrir les aventures de la famille Minchielli composant les personnages de son premier roman au titre des plus apostrophants : Comment papa est devenu danseuse étoile. Féru de curiosités littéraires, à la lecture du résumé et à la vue de la couverture fort cocasse, je m’empressai d’accepter cette généreuse offre. Ni une ni deux, les éditions Mazarine m’envoient l’oeuvre convoitée qui en moins de 24h atterrit dans ma boîte-aux-lettres — délai record ! Logiquement, lecture — à la hauteur de mes attentes — dévorée en moins de 24h.

Dans la famille Minchielli, je voudrais la mère flegmatique et chamane tribale du bulletin météo, le père au chômage mollusque fondant devant la télévision, la fille harpie connectée danseuse contemporaine, le fils, Paul narrateur, sage et champion d’échecs en devenir, la grand-mère paternelle russe phénomène danseuse étoile à la retraite, le grand-père paternel italien, légendaire et disparu sans laisser de traces, et bien-sûr Puccini, le chat. Belle brochette n’est-ce pas ?

La routine — si l’on peut l’appeler ainsi dans une telle famille — de ces loufoques sympathiques se trouve du jour au lendemain perturbée, quand Lucien, le père, au chômage depuis précisément « 1 an, 3 mois, et 20 jours », alors qu’il végète devant une émission de télé-réalité se lève d’un bond et part faire un footing des plus intensifs et décide quelques jours plus tard de prendre des cours… de danse !

« On est quelques jours après le début de la fin. Papa court, maman ne moufte plus, Sarah fait la gueule et moi, ben moi, je prends note de cette étrange situation. Ça sent le roussi chez Minchielli. »

Comment papa est devenu danseuse étoile, c’est une quête du père absent et de la vérité sur la mystérieuse histoire d’une famille de grands danseurs. Marqué par la société moderne et incroyablement rafraîchissant, ce roman renouvelle le comique en l’associant à des moments forts de l’existence. On s’attache aux personnages soigneusement travaillés, exprimés et dépeints à travers des tranches de vie à l’anecdote maitrisée. Pour ma part, Maria, la grand-mère, m’a totalement séduit, avec son accent russe, entourée de chats et son look déjanté !

« Malgré son grand âge, ma grand-mère a gardé une classe incroyable. […] On dirait une déesse avachie, toujours un samovar de thé chinois à portée de main. Evanescente dans de grandes robes à fleurs, quand ce n’est pas des imprimés léopards. Quand je passe tout l’après-midi chez elle, je peux l’écouter des heures égrener ses souvenirs avec délicatesse, nostalgie, mais sans jamais d’amertume. Je me sens bien dans son appartement rempli de bibelots, de photos et de vieilles robes bien cachées dans ses armoires. »

Cette comédie est une histoire tendre et plaisante qui met à l’honneur le monde de la danse qui s’exprime à travers des personnages attachants. Au fil des pages, des noms tels que Noureev, Millepied ou encore Tchaïkovski apparaissent pour notre plus grand bonheur de rats d’opéra et de ballerines en soie !

D’ailleurs, ressent-on un réel intérêt pour l’art à la lecture des évocations — ô combien appréciées — de Roméo et Juliette, La Bayadère, Carmen ou Casse-noisette qui contrastent vivement avec l’é-pou-ven-ta-ble  (simple appréciation personnelle) Black M qu’écoute Sarah, l’ado de la famille.

Le style est simple et fluide, l’écriture vive et efficace tout comme la structure du récit. Un reproche — infime — le lexique est peut-être parfois « trop moderne » (avec notamment les multiples évocations de marques en vogue qui apportent finalement assez peu au récit) ; certes la narration à la première personne par un adolescent de quatorze ans induit un tel souci de réalisme, mais n’est-ce pas porter préjudice à l’oeuvre en elle-même que de travailler certains passages avec un vocabulaire réduit par ce choix de narration ? Lesquels passages adoptent une esthétique certaine et auraient pu être sublimés par un lyrisme modéré. Cependant, restons objectifs, ce roman demeure tout-à-fait bien écrit.

Un aspect de ce livre m’a particulièrement captivé ; l’idée de mettre en scène et chorégraphier un ballet classique où tout un chacun peut participer et surtout les non-danseurs. De plus je soulignerai, séduit par la démarche artistique absolument décalée, le projet d’une scénographie du Lac des cygnes avec un homme dans le rôle d’Odette et une femme en Siegfried, Tchaïkovski — s’il ne se retourne pas dans sa tombe — n’a qu’à bien se tenir ! D’ailleurs cela peut donner des idées à des metteurs-en-scène aussi bien au théâtre que dans les ballets voire même au cinéma… une telle comédie se prêterait parfaitement à une adaptation sur grand écran.

Maniant le comique de situation et de langage avec adresse et brio, Gavin’s Clemente-Ruiz nous offre des scènes familiales cocasses se mêlant à la nostalgie du Bolshoi et aux effluves des soirées à l’Amore mio. Un premier roman maîtrisé et atypique qui fait sourire, rire et émotionne. Les successeurs sont à suivre de très près.

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En partenariat avec les éditions Mazarine

mazarine

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9 Commentaires

  1. Cher Roi Carotte,

    C’est avec beaucoup d’intérêt, comme à chaque fois, que je découvre votre nouvelle chronique fort bien écrite (c’est une habitude chez vous).
    Néanmoins, pourriez-vous s’il vous plaît cesser de me donner tant envie et d’agrandir ma WL ? 😀

    Plus sérieusement, voilà encore une lecture qui suscite mon intérêt 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Ah ! Diable ! Que voulez-vous faire avec des lecteurs qui font attention à la taille de leur Wishlist et de leur pile-à-lire ! On ne peut pas travailler dans ces conditions !

      Merci pour tes retours chère Amandine.
      Dois-je te souhaiter une bonne (prochaine) lecture ou c’est remuer le couteau dans la plaie livresque ?

      J'aime

  2. Je trouve la couverture un peu trop facile et légère. Je crois que j’aurai vite détourné les yeux s’il avait été sur mon chemin en librairie… Mais heureusement je me suis laissée happer par les mots des la nouvelle chronique du roi carotte ! Après tout ça parle de danse, et puis ça a l’air vraiment fun et enfin, cerise sur le gâteau : Noureev vous avez dit Noureev ? Bon, où est ce qu’on peut le trouver ce livre ?

    Aimé par 3 people

  3. Il est dans ma PAL. La couverture ne me tentait pas vraiment. Finalement, ce sera peut-être un moment de détente.

    Aimé par 3 people

  4. Quel bonheur de lire la chronique du roi carotte et encore plus lorsqu’il s’agit d’un livre qui m’a l’air complètement déjanté, moi qui suis admirative et fan de danse classique, première à rigoler à de l’humour facile je pense que ce livre pourrait me plaire, ne reste plus qu’à demander l’autorisation à mon banquier.

    Aimé par 1 personne

  5. Cela a l’air loufoque, à la Paasilinna ou à la Safier. Je me méfie parfois des livres avec de jolies couv’, car dans le style loufoque, quand c’est mauvais, c’est souvent TRES mauvais.^^ Je vais me noter ce roman. Merci 😉

    Aimé par 2 people

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